jeudi 1 novembre 2007

Le programme Fier

Le canton Nord

Au sein de l’île de Ré, le canton Nord constitue un espace ayant sa propre identité. Il est caractérisé par un vaste ensemble de marais, ouverts sur une zone maritime protégée : le fier d’Ars et la fosse de Loix.

Il est issu du rattachement, au cours du dernier millénaire, des îles d’Ars, de Loix, des Portes (Lizay/la Rivière) et de l’îlot de Trousse-Chemise.

Il est aussi protégé par de nombreux classements administratifs (Réserve Naturelle, Ramsar, Natura 2000, ZPS, ZICO, ZNIEFF, …), expression d’un écosystème spécifique, auquel il faut associer son estran.

Dans tout le canton, la mer est proche, présente, influente.

Les problèmes

Alors que depuis plusieurs siècles ses habitants ont travaillé dur pour protéger habitations et cultures et gagner du terrain sur les marais, la chronique fait état des ravages réguliers dus aux tempêtes et vimers. Ce canton est depuis toujours sensible aux influences de la mer.

Pour bien comprendre la situation actuelle, il faut garder en tête les points suivants.

*Prendre en compte l’impact des divers ouvrages de défense accumulés au cours du temps (quelques exemples …) :

1-indispensables et judicieux : comme les épis aux Portes /plage du Marchais .Les grandes digues.

La protection des dunes par l’ONF. La pointe des Baleines …

2-indispensables et inadaptés : comme la digue du Boutillon, les géotextiles en haut de la plage de la Couarde (Pergola).

3-inutiles et désastreux : certains enrochements et épis sur la plage de la Loge .Apports massifs de sable sans modification du contexte morphologique.

*Regretter la disparition à partir des années 1960/1970 des # 140 écluses réparties sur l’estran autour de Ré .Il en reste environ 10 préservées, reconstruites et entretenues.

C’est la modification majeure et globale sur l’estran, qui a conduit à un déséquilibre sédimentaire conséquent, dont on constate l’impact maintenant.

*Dissocier les effets négatifs sur le trait de côte par les tempêtes (surtout en vive eau et à marée haute), amplifiés par des ouvrages de type 2 ou 3, par rapport à l’équilibre sédimentaire atteint en période « normale », la plupart du temps.

Si les divers classements protègent bien, de constructions indésirables ou de détériorations diverses, le maintien des équilibres naturels, l’entretien du fier d’Ars et de la fosse de Loix, la préservation des écosystèmes, sont en danger.

L’envasement et l’ensablement, le développement de la végétation halophile sont l’expression de la diminution de la tranche d’eau (volume d’eau moindre) et d’un système hydraulique défaillant (modification des courants).

Les propositions.

L’ensemble des mesures proposées doit être étudié et détaillé au plan technique, analysées en terme de coûts et programmées selon les priorités.

Le fier d’Ars et la fosse de Loix.

Le premier objectif est revenir à un volume d’eau suffisant, s’accompagnant d’une circulation hydraulique active.

Sur plusieurs siècles, la profondeur moyenne du fier à diminué de 1 à

2 mètres (plus localement ?), entre ses parties périphériques et sa partie axiale la plus profonde. Le volume d’eau a diminué de 30 à 50% -peut-être plus.

Les volumes d’eau de flot et de jusant restant constants, alors que les durées d’entrée et de sortie ne sont pas égales, l’espace disponible s’étant réduit, remplir ou vider un volume moindre signifie une baisse du courant, du mouvement hydraulique. D’ou plus de dépôts, de sédimentation et développement de la « schorre », avec végétaux pouvant supporter une immersion occasionnelle dans l’eau de mer.

Il faut donc :

- utiliser le plus possible la faculté de chasse des bassins de plaisance du port d’Ars : port Village et port Nature.

- aménager des vannes de chasse additionnelles dans le fier et à Loix. Elles s’appuieront sur les levées (barrage du Rouet, du chenal des Villages, du port des Portes, port de Loix/moulin à marée,…), fonctionneront de façon automatique. Par alimentation solaire, mini-éoliennes, avec capteurs-senseurs de niveaux pour leur ouverture et fermeture.

-les chenaux en arrière des levées seront débarrassés à la pelleteuse des végétaux envahissant leurs bordures .Comme autrefois, les sédiments serviront à reconstituer les bosses et levées.

Aussi le chenal du Feneau. Il faudra également nettoyer les espaces envahis à proximité des levées dans le fier (par exemple au Martray).

-s’il est normal que les sauniers puissent abriter leur outillage dans des abris adaptés et s’intégrant dans le paysage, on constate ici ou là des « constructions » sans rapport avec les marais à sel, à l’utilité inconnue et à l’esthétique douteuse.

Sans compter des « hangars » à toiture métallique .Une revue de détail et parfois des rappels à l’ordre sont nécessaires.

-sur une moitié du fier s’est développé une activité ostréicole .Une mise en ordre des tables à huîtres est nécessaire : l’enlèvement des tables abandonnées, inactives a déjà été réalisé par la profession .Cela doit être poursuivi.

S’il est vrai que la présence des tables a une incidence sur les courants internes du fier, il faut aussi constater que la moitié du fier sans huîtres connaît également envasement/ensablement : processus sédimentaire avec de multiples causes.

-les digues internes ont été revues .Un « parcours » piéton a été crée à partir de la Patache et au delà du golf .Ce type d’aménagement devrait être poursuivi -type promenade pédagogique - avec des point de vue choisis.

-le projet d’aménagement de mouillages organisés dans le fier doit être mis en œuvre pour contrer le développement anarchique actuel des mouillages forains.

En conclusion, au delà des mesures réglementaires de protection, il convient de conserver, de mettre en valeur cet écosystème.

Son maintien, ce qui signifie entretien, aménagements, travaux divers est spécifiquement indiqué dans les textes de référence des divers classements .Il y a donc une conformité et une obligation légale à agir et à ne pas laisser la nature dériver.

Les côtes.

*Les Portes : bois de trousse-Chemise.

Au niveau du sémaphore, on constate une érosion notable de la plage, avec des arbres déracinés et localement une intrusion d’eau de mer dans le bois.

Le trait de côte de la plage de La loge présente à cet endroit une avancée, constituant une « irrégularité » morphologique .La houle, après avoir passé à l’extrémité Nord de la Loge (après la Redoute)

pénètre dans cette baie ,avec un angle par rapport au trait de côte –visible par les vagues déferlant sur la plage –qui entraîne une dérive latérale générant un courant fort durant le début du flot (marée montante).

Durant les 2 premières heures du flot, le fier continue à se vider, donc vers le Sud, vers le banc du Bucheron (voir cartes SHOM des courants), ce qui renforce le courant rentrant dans La Loge.

Autrefois, les écluses présentes au Nord de La Loge atténuaient la houle. Un port de plaisance à cet endroit aurait eu le même effet. Mais….. ! Ou reconstruire l’écluse de l’Hirondelle.

Cette baie a fait l’objet de travaux successifs, à coup d’enrochements : en épis, en haut de plage. On compte une dizaine d’épis, ajoutés pour compléter ou corriger les précédents. Certains ont un effet positif, d’autres négatif, quelques uns se sont enfoncés sous leur poids ; des géotextiles ont aussi « disparu », enfoncés dans le sable. La nature a statué sur leur inutilité !

Vu la situation actuelle, on ne peut dire que la solution ait été trouvée et les mécanismes compris.

On peut penser que rallonger l’épi de Trousse-Chemise, situé en aval du problème ne servira à rien.

*La Conche.

Les dernières tempêtes de Décembre 2006 et Février 2007 ont particulièrement touché la plage de La Conche avec une érosion notable, un recul du pied de dune.

Protégée de tout accès intempestif par une barrière grâce à l’ONF, celle-ci a été emportée sur toute la longueur de la plage, avec un recul de plusieurs mètres, surtout au niveau des blockhaus et de la descente du parking « Zanuck ».

Plusieurs raisons jouent dans ce cas.

L’estran rocheux de la pointe des Baleines est limité dans sa partie NE par un faille, qui passe en profondeur au niveau des blockhaus .Elle se poursuit vers l’estran de Chanchardon, représentant la limite entre les marais d’Ars et de St Clément par rapport aux secteurs agricoles (champs, vignes, bois) de ces deux communes .Une zone de faiblesse morphologique donc.

C’est équivalent au secteur des Marattes, zone souvent inondée car à l’intersection de deux failles qui constituent un compartiment bas.

Les blockhaus, édifiés durant la dernière guerre en haut des dunes, du fait de l’affouillement à leur base par le vent ont glissé vers la plage, la déstabilisant et créant un obstacle aux vagues à marée haute .Ils agissent alors comme un épi « involontaire », avec création de fortes turbulences hydrauliques .De plus par rapport aux épis construits pour protéger la côte entre la Pyramide et la descente à la plage, les blockhaus se retrouvent en aval des épis, zone de moindre dépôt.

La nouvelle descente enfin est en saillie par rapport au trait de côte.

La houle rentrante dans ce secteur inclinée par rapport à la plage, donc avec un fort courant latéral, balaye et érode le pied de dune.

*Saint Clément

Les digues centenaires le long de la côte subissent de plein fouet vagues, houles et vents de secteur ouest. Avec en plus un fort courant latéral descendant. Cette côte est donc particulièrement exposée.

La digue, « réparée » de nombreuses fois, s’est écroulée de l’intérieur.

Comme toujours, « réparation rapide » : pas immédiate après les dégâts, mais on fait au plus simple, à moindre coût : on rebouche avec des enrochements et de la terre glaise et on reporte à plus tard la véritable restauration ! Qu’il faudra bien faire un jour !

C’est tout le contraire d’une bonne gestion sérieuse, professionnelle et durable .On croit rêver lorsque on lit dans un rapport au Conseil général : « il est acceptable de tolérer une dégradation définitive de l’ouvrage avant éventuellement une réfection complète ; si l’endigage est considéré comme indispensable ».

On pourrait donc se dispenser du « bricolage » actuel et assumer cette belle affirmation .Mais qui donc lit les rapports du Conseil général. Personne ? On pourrait alors se passer de les commander !

*Ars

La pointe de Grignon est un bon exemple, positif, de sédimentation.

La création il y a plus de dix ans d’un épi à cet endroit a permis le blocage d’une énorme quantité de sable, développant une très belle plage vers Radia et la Combe à l’eau et faisant avancer le trait de côte de prés de 100 mètres au niveau de l’épi.

Par contre, entre Grignon et La Grange, en aval de cet épi (l’estran est rocheux à cet endroit) pas de dépôts, recul de la petite falaise.

Les enrochements successifs et de petits épis n’ont apporté que peu d’améliorations. Enfin, on note une descente en béton vers la plage est dans le mauvais sens par rapport au flux sédimentaire, générant des perturbations en aval .Elle est en plus impraticable : extrémité suspendue !

*Le Boutillon

Cette plage a fait l’objet d’un important programme de ré-ensablement

Cela n’a pas duré, le sable étant parti dés l’hiver suivant vers la Couarde .La cause, prévisible, étant que la digue qui se termine brutalement agit comme un épi dans son extrémité par rapport au trait de côte naturel. De plus la houle, les vagues arrivent avec un angle d’incidence sur la digue et se réfléchissent sans perte d’énergie, en créant une forte dérive latérale.

Il faudrait soit reconfigurer l’extrémité de la digue, soit amortir la houle par un enrochement parallèle à la côte de type tombolo .Situé en contrebas de la plage sableuse

*La Couarde

Au sud de la descente du peu Ragot (accès principal à la plage de la Couarde), le trait de côte dessine une avancée, sorte de petit promontoire ou le non dépôt trouve son expression .Résultant de la conjugaison de plusieurs causes ;

*la descente en dur du Peu ragot se comporte comme un (petit) épi avec turbulences et non dépôt en aval.

*la houle du large et les vagues atteignent la plage avec un angle d’incidence net (comme au Boutillon), générant de fait un courant latéral entrainant les particules sédimentaires.

Le ré-ensablement, sans toucher aux causes de non dépôt ne sert à rien et ne peut fonctionner .Il faut diminuer le courant descendant le long de la côte .En détruisant (ou ré –orientation ?) la descente en dur, et soit en construisant une digue en dur à l’ancienne, avec des épis bien calibrés (en dur, pas en enrochement) ou en installant en bas de plage des enrochements parallèles à la côte de type tombolo.

*Loix

La falaise de Loix avant le fort du Grouin recule .Les vagues qui atteignent sa base la fragilisent. La mise en place d’enrochements, en pied de falaise ou en tas formant de petits épis est sûrement facile et peu couteuse. Mais inesthétique et pas vraiment efficace, à cause des turbulences induites .Là encore des enrochements de type tombolo pourraient être envisagés, sur l’estran rocheux.

Autres propositions :

*Ré-ensablement côte Nord : création de plages

Les deux côtes de Ré sont assez dissymétriques. Beaucoup de plages sur la côte Sud .Les abris portuaires, les falaises sur la côte nord. Et de baies, des zones abritées de vents dominants .Avec des courants latéraux faibles .cette conjonction est favorable, si l’apport existe, a des plages .On peut envisager de créer, ou amplifier localement, de façon durable, des plages de sable le long de la côte, par ré -ensablement.

Après le Grouin, à Loix, autour du club nautique de la Couarde et du port du Goisil. Autour de Saint Martin, de La Flotte et après le fort de la Prée.

*Protection des dunes

Elles sont sensibles et fragiles. Elles relèvent en général de l’ONF, dont les moyens (financiers) sont hélas limités .Ils assurent donc leur protection et limitent leur accès par des poteaux reliés par des grillages.

Cela mérite en réalité des protections solides, pérennes, plus chères mais vraiment efficaces ; il faut augmenter les moyens de protection.

*Accès aux plages

Les accès aux plages et les descentes doivent être revus .dans leur orientation par rapport à la plage, aux dunes. Il en est de même pour les descentes en dur servant d’accès pour les bateaux et les secours.

*Protection des forêts

Beaucoup sont domaniales, mais dans le canton Sud, elles sont souvent privées .En premier on devrait être couvert par un plan « rouge », de protection en cas d’incendie .On en reste à un dispositif minimum, pare-feu, bouches d’eau …, sans oublier le débroussaillage

*L’ile de Ré : un site naturel.

L’attrait de l’Ile de Ré tient à de multiples facteurs et conditions.

D’abord son accès relativement facile : autoroute, TGV, pont…

Un site naturel qui sans être exceptionnel –ce n’est quant même pas le grand Canyon ou le Mont saint Michel- offre charme ,douceur de vivre ,paysages variés et préservés .Cela résulte de la combinaison harmonieuse entre plages ,côtes et estran , forêts et marais ,vignes et sel ,villages agréables ,à taille humaine ,bien restaurés ,un climat sec ensoleillé ,marin et tonique et des habitants heureux d’y vivre .

Bref, un beau cadre de vie et une bonne qualité de vie.

C’est cette Ile de Ré que l’on apprécie que l’on souhaite protéger, conserver et améliorer .Car sans développement, cet équilibre risque d’être modifié .Il faut donc anticiper et orienter cette évolution.

Le premier effort doit donc se focaliser sur cet environnement.

La période la plus sensible en terme de fréquentation dure environ cinq mois : mi Avril à mi Septembre.

Trop de voitures : donner une nouvelle impulsion aux pistes cyclables en étendant le réseau, vraiment connecté, isolé du réseau routier – sans portions manquantes. Encourager l’utilisation du vélo : action de communication et meilleur fléchage.

On peut améliorer le réseau routier : pas en élargissant les voies, bien sûr.

Parkings : faire le bilan. Aménagements pour une meilleure intégration dans le paysage. Redimensionnement : suppression, diminution de places, créations.

Inciter fortement à ne pas utiliser les véhicules : « Ile aux vélos » !

Marais, sites naturels : développer les parcours piétons, protégés, limités .Dans les dunes, les marais, le long de côtes.

Installer des toilettes publiques prés des zones les plus fréquentées.

Cela évitera les incursions « discrètes » dans des endroits qui ne sont pas faits pour cela !

Plaisance : sport et pratique de type naturel, à encourager et développer .Par des mouillages organisés, dédiés .Il faut augmenter les places de port (de façon raisonnable et choisie). Revoir les accès à la côte : descentes pour bateaux, accès pour les secours.

Les descentes actuelles sont parfois mal orientées par rapport au transport des sédiments, voire inutilisables : à supprimer.

Golf : activité au grand air typique : qui a le grand avantage de « geler », donc de protéger de larges espaces de terrain.

D’une façon générale il faut soutenir, encourager, développer toute activité naturelle, en prise avec notre environnement.

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